
Fribourg, le 20 juin 2026
J’aimerais utiliser ce temps de parole pour partager mes réflexions en tant que membre de l’association trans&non-binär.
Ce ne sont pas des réflexions nouvelles dans nos luttes mais je porte l’espoir de vous donner le courage de les explorer également.
Face aux violences quotidiennes que nous vivons dans notre chair, à l’exploitation et aux traumatismes répétés, on fait souvent communauté dans une recherche de soutien, de réconfort et de sécurité. Pour moi, c’est la communauté trans.
Mais que faire quand cette communauté qui se veut “safe” reproduit elle-même les violences qu’elle annonce combattre ?
Dans ma courte expérience d’organisateur communautaire, je n’ai pas de réponse toute faite. Beaucoup de mes tentatives maladroites de faire mieux que l’exclusion d’une ou l’autre partie ont échoué.
Mais ça ne m’empêche pas de vouloir réessayer et de croire que l’on peut faire mieux, que l’on doit faire mieux que reproduire ces schémas violents.
On doit faire mieux que de restreindre à certaines l’accès aux espaces, ressources et aux liens sociaux nécessaires à leur survie. Que ces personnes soient victimes ou agresseuses, ou les deux, on applique sur elles les mêmes schémas qui perpétuent ces violences et ne guérissent personne.
On peut trouver des moyens de parler ensemble des violences qu’on produit et reproduit. On se doit d’écouter et protéger les personnes survivantes de violences, tout en se prévenant au mieux de reproduire ces schémas d’exclusion.
C’est là notre responsabilité collective dans nos luttes de proposer mieux que la justice carcérale, qui est plus cruelle encore sur nos adelphes trans et marginalisés que d’autres personnes.
C’est un apprentissage communautaire qu’on à faire, si on veut effectivement créer et préserver des “safer spaces”.
On peut voir la communauté trans comme un groupe où le travail de care est géré par un nombre limité de personnes où l’on vient prendre des ressources, des amitiés et amours pour améliorer notre trajectoire individuelle, et repartir quand ça ne nous convient plus.
Ou on peut décider ensemble d’utiliser ces espaces pour s’exercer à tisser des liens sociaux avec des personnes avec qui nous n’avons aucune affinité.
A prendre une part de notre temps à porter un peu de la douleur des autres et apprendre à être vulnérable avec elleux en retour. A se former et échanger sur les moyens d’apporter un soutien et une écoute aux personnes en conflit, avec considération, respect et intégrité.
Car il y en a et en aura encore des conflits. Apprendre à écouter chacune des parties en souffrance et réfléchir avec la communauté aux structures qui ont facilité l’irruption de cette violence.
Une militante basée au Canada qui s’intéresse à ces questions, la poétesse et travailleuse communautaire, femme trans et de descendance chinoise Kai Cheng Thom nous dit :
Si nous désirons construire des mouvements militants solides, nous devons aussi construire des stratégies de responsabilisation qui reconnaissent et soutiennent les vies des femmes trans et de toutes les autres personnes marginalisées – qui tiennent compte des contextes traumatiques et de l’accès réduit aux institutions d’éducation et de soin.
Nous devons nous méfier de la manière dont les systèmes judiciaires, tant légaux qu’informels, peuvent être utilisés pour manipuler et exploiter des personnes vulnérables – et nous devons remettre en question les systèmes qui traitent les gens comme des êtres jetables.
Nous devons nous aimer mutuellement – chaque personne qui compose « le mouvement », quelle que soit son identité – comme des êtres inestimables, sacrés, imparfaits, mais essentiels. Nous devons nous croire capables de créer une justice qui transforme au lieu de punir parce que nous n’avons pas d’autre choix.
Merci.
Pour lire Kai Cheng Thom, ici traduite en français sur le site du collectif TRANSGRRRLS

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